Recension d’Imre Vörös

január 29th, 2020 § 0 comments

recension

Mik­lós Zrí­nyi, Remè­de cont­re l’opium turc, int­ro­duc­ti­on, tra­duc­ti­on et no­tes de Jean-Louis Val­lin. Tex­te su­i­vi d’un pa­rallè­le avec l’Exclamatio de Bus­becq, Édi­ti­on bi­lin­gue hongrois-français, Pres­ses Uni­ver­si­tai­res du Sep­ten­t­ri­on, 2018, 171 p.

Après l’édition bi­lin­gue, en 2005, de La Zrí­nyia­de ou Le Pé­ril de Szi­get, ép­o­pée ba­ro­que de Mik­lós Zrí­nyi sur le siè­ge et la chu­te du châ­teau fort de Szi­get­vár, dé­fen­du hé­roï­qu­ement par le bi­saïe­ul du poè­te (ap­pe­lé égale­ment Mik­lós Zrí­nyi) cont­re les tro­u­p­es du sul­tan Soli­man, le tra­duc­teur, Jean-Louis Val­lin vi­ent de pub­li­er, égale­ment en édi­ti­on bi­lin­gue, l’œuvre en pro­se la plus im­por­tante de Zrí­nyi, le Remè­de cont­re l’opium turc, un ap­pel à la lut­te ar­mée de la na­ti­on hong­roi­se cont­re l’occupation ot­tom­ane de la plus gran­de par­tie du pays; un « An­t­i­do­te cont­re la paix du Turc avec le Hong­rois », comme le sous-titre de l’ouvrage le pré­ci­se.

L’Introduction, de la plume du tra­duc­teur, cons­ti­tue une étu­de ap­pro­fon­die des cir­cons­tan­ces his­to­ri­ques et cel­le des ac­ti­vi­tés mul­tip­les de Mik­lós Zrí­nyi, « per­son­na­li­té la plus mar­qu­an­te du XVIIe  sièc­le hong­rois » (p. 12) : poè­te, chef de guerre et homme d’État. Le tex­te prin­ci­pal de cet­te Int­ro­duc­ti­on et le systè­me des no­tes en bas de page se complè­tent l’un l’autre et fa­ci­li­tent pour le lec­teur frança­is de s’orienter dans les évé­ne­ments de l’époque et de mi­e­ux comp­rend­re les des­se­ins de Zrí­nyi, au­teur d’un dis­co­urs si pas­sion­né.

Jean-Louis Val­lin donne une analy­se nu­an­cée de la si­tu­a­ti­on po­li­ti­que où, après le tra­i­té de paix de Zsit­va­to­rok (1606), sig­né par les dél­égu­és de l’empereur Ro­dolp­he II et ceux du sul­tan Ah­med Ier, un demi-siècle de cal­me re­la­tif ca­rac­téri­sa­it les rap­ports des deux grand­es pu­is­san­ces. Cal­me bien re­la­tif, pu­is­que de tem­ps en tem­ps, de pe­tits gro­u­p­es ar­més turcs fa­isa­i­ent inc­urs­ions en ter­ri­to­ire hong­rois, ca­u­s­ant des dégâts ma­té­ri­els et des so­uff­ran­ces per­son­nel­les. Ce­pen­dant, grâ­ce au tra­i­té de Zsit­va­to­rok, les Habs­bourg po­u­va­i­ent con­cent­rer le­urs eff­orts à la guerre de Tren­te Ans. Les prin­ces de Transyl­va­nie, mal­g­ré le fait qu’ils éta­i­ent vas­sa­ux de la Por­te Ot­tom­ane, jou­is­sa­i­ent d’une cert­aine au­to­no­mie, et po­u­va­i­ent mener plu­sieurs fois des cam­pag­nes mi­li­tai­res cont­re les Habs­bourg en vue d’obtenir la li­ber­té du cul­te re­li­gi­e­ux même sur le ter­ri­to­ire du ro­ya­u­me de Hong­rie, sous l’autorité de Vi­en­ne (paix de Linz, 1645).

Les rap­ports de l’Empire ot­tom­an avec les pays ch­ré­ti­ens ont ra­di­ca­le­ment chan­gé au co­urs des an­né­es 1650. Ah­med Köp­rü­lü (1635–1677), grand-vizir de­pu­is 1656, après avo­ir mis fin à une cri­se à l’intérieur de la Por­te, vo­u­la­it rét­ab­lir le prest­ige mi­li­taire de la Tur­quie par de no­u­vel­les con­quê­tes. Il désapp­ro­u­va la guerre me­née par Ge­or­ges II Rá­kó­czi, prin­ce de Transyl­va­nie pour con­qu­é­rir la co­u­ronne de Po­log­ne et, après l’échec de la cam­pagne de Rá­kó­czi, en 1658, Köp­rü­lü pé­né­tra avec ses tro­u­p­es en Transyl­va­nie, oc­cu­pa les forts de Jenő, Lu­gos, Ka­rán­se­bes (aujourd’hui en ro­u­ma­in: Ineu, Lu­goj, Caran­se­beş), plus tard, en 1660, Vá­rad (en ro­u­ma­in: Ora­dea), vil­le im­por­tante. En 1663 (dans le but fi­nal de s’emparer de Vi­en­ne même), il di­ri­gea son ar­mée vers la Haute-Hongrie et, le 25 sept­em­b­re, après un long siè­ge achar­né, il con­qu­it le châ­teau fort d’Érsekújvár (en slo­va­que: Nové Zam­ky). L’année su­i­van­te, Köp­rü­lü mena une no­u­vel­le cam­pagne mi­li­taire, cet­te fois dans la di­rec­ti­on de Graz, mais le 1er août, il su­bit une dé­f­a­i­te gra­ve dans la ba­ta­ille de Saint-Gotthard de­vant l’armée de la co­a­lit­ion oc­ci­den­tale com­man­dée par Mon­te­cuc­co­li. Mal­he­u­re­us­ement, les au­to­ri­tés de Vi­en­ne se rév­élè­rent in­cap­ab­les de pro­fit­er de cet­te vic­to­ire et, dans la paix de Vas­vár, le 10 août 1664, d’une ma­niè­re hon­te­u­se, el­les re­con­na­is­sa­i­ent les no­u­vel­les con­quê­tes tur­ques dans le ter­ri­to­ire du ro­ya­u­me de Hong­rie (Ér­sek­új­vár!) et la so­u­ve­ra­ine­té de l’Empire ot­tom­an sur la Transyl­va­nie. Qu­el­ques mois plus tard, le 18 no­vem­b­re 1664, Zrí­nyi mo­u­rut, tué par un sang­li­er lors d’une chas­se dans la forêt de Csák­tor­nya.

Nous venons d’évoquer ces évé­ne­ments pour es­sayer de fi­xer la date de la réd­ac­ti­on du dis­co­urs de Zrí­nyi, car le ma­nuscrit n’est pas daté. Se­lon la note 3 de Val­lin (p. 13), « la date de la réd­ac­ti­on et de l’achèvement de l’Áfi­um est en­co­re aujourd’hui dé­bat­tue. » Ce qui est sûr, c’est que Zrí­nyi ap­pel­le le Turc un « dra­gon eff­rayant » qui « nous a pris Vá­rad, Jenő, a em­me­né en esc­la­vage des mil­li­ers de Hong­rois, en a pas­sé be­a­u­co­up au fil de l’épée » et il a pil­lé la Transyl­va­nie, « l’un des plus beaux joya­ux de no­tre co­u­ronne » (p. 47). Il s’ensuit que l’Áfi­um de­va­it être réd­igé plus tard que la chu­te de Vá­rad (le 27 août 1660). Ét­ant don­né que Zrí­nyi ne fait pas ment­ion de la pri­se par Köp­rü­lü d’Érsekújvár dont la per­te cons­ti­tu­a­it un dang­er be­a­u­co­up plus gra­ve que cel­le de Vá­rad, il est pro­ba­ble que Zrí­nyi ait ter­mi­né son œuvre avant le 25 sept­em­b­re 1663. Mais à l’intérieur de cet­te pér­io­de de trois ans, la quest­ion de la date pré­ci­se de la réd­ac­ti­on res­te ou­ver­te.

Dans quel but conc­ret l’auteur de l’Áfi­um s’adresse-t-il à ses lec­te­urs en déc­ri­vant la si­tu­a­ti­on tra­gi­que du pays et en déc­ri­vant l’impossibilité d’attendre une aide ex­té­ri­eu­re cont­re ce mal? Se­lon l’Introduction de Jean-Louis Val­lin, Zrí­nyi, en cons­idér­ant la « paix tur­que » comme un po­i­son mor­tel, veut rani­mer l’esprit guer­ri­er de la na­ti­on et dé­fi­nir les prin­ci­pes sur les­qu­els il fa­ud­ra « fon­der l’armée na­ti­o­nale, inst­ru­ment de la re­con­quê­te », car « [il n’y a] pas de place pour les Hong­rois ail­le­urs qu’en Pan­no­nie: Hic nob­is vel vin­cen­dum vel mori­en­dum est! C’est ici qu’il nous faut viv­re ou mo­u­rir » (p. 25). Re­mar­quons, pour l’exactitude phi­lo­lo­gi­que, que la tra­duc­ti­on de la ph­ra­se la­tine, don­née ici par Val­lin, n’est pas pré­ci­se: vin­cen­dum ne vi­ent pas du ver­be vi­ve­re (viv­re), mais de vin­ce­re (va­inc­re), il s’agit donc de « va­inc­re ou mo­u­rir ». Par con­sé­qu­ent, il n’est pas tout-à-fait exact ce que nous li­sons dans la note 30, se­lon la­qu­el­le les mê­mes ter­mes se­ront re­pris en 1836 par Mi­hály Vö­rös­mar­ty, dans le Szó­zat : […] « Ici tu dois viv­re et mo­u­rir » […] « Itt él­ned, hal­nod kell. » Va­inc­re ou mo­u­rir n’est pas exac­te­ment la même cho­se que viv­re et mo­u­rir. Ce sont deux idé­es qui ne sont pas loin l’une de l’autre. Mais ab­st­rac­ti­on fa­i­te de cet­te pe­ti­te re­mar­que cri­ti­que, il con­vi­ent de cons­ta­ter que he­u­re­us­ement, dans le corps du tex­te (pa­ra­gra­p­he 21 et note 60), Val­lin tradu­it cor­rec­te­ment par « il faut va­inc­re ».

Cet­te Int­ro­duc­ti­on est un tab­leau ex­cel­lent de l’époque et une analy­se per­ti­nen­te du dis­co­urs de Zrí­nyi. Elle mont­re la ré­fé­ren­ce de Zrí­nyi au roi Ma­t­hi­as et l’anéantissement de ses es­po­irs po­li­ti­ques du fait de la mort bru­tale de Ge­or­ges II Rá­kó­czi, pres­sen­ti comme fu­tur roi d’une Hong­rie ré­uni­fi­ée et la so­li­tu­de qu’il res­s­en­ta­it à cet­te date.

Val­lin at­ti­re, par exemp­le, l’attention sur la pro­fon­deur des con­na­is­san­ces per­son­nel­les de Zrí­nyi: « [une] cul­tu­re bib­li­que qui vo­i­si­ne en lui avec la cul­tu­re clas­si­que. Ain­si l’Áfi­um s’ouvre sur un pas­sage d’Hérodote et se clôt par une ci­ta­ti­on du Liv­re des Ju­ges » (p. 23). Out­re la ri­ches­se des sour­ces du dis­co­urs, l’Int­ro­duc­ti­on sou­lig­ne la ri­ches­se des moyens sty­lis­ti­ques, la « gran­de va­ri­é­té de tons, pas­sant de la vé­hé­men­ce à l’émotion, du dis­co­urs ar­gu­men­ta­tif au dis­co­urs po­é­ti­que, […] n’hésitant pas à déla­is­ser le re­g­ist­re so­u­tenu pour re­co­u­rir à qu­el­que exp­r­es­si­on fa­mi­liè­re ou fran­che­ment tri­vi­ale. » De cet­te ma­niè­re, il par­vi­ent « à trans­mett­re au lec­teur la pas­si­on qu’éprouvait Zrí­nyi pour la ca­u­se qu’il dé­fen­da­it » (p. 33).

En ce qui con­cer­ne la lan­gue de l’Áfi­um, elle est mar­qu­ée par des ar­chaïs­mes et aus­si par une « col­ora­ti­on dia­lec­tale », ce qui, na­tu­rel­le­ment, dis­pa­raît dans la tra­duc­ti­on française (p. 34). Il faut aus­si ment­ion­ner « le ca­ractè­re la­ti­nis­ant du tex­te » (p. 35) que la tra­duc­ti­on n’a pas cher­ché non plus à re­pro­du­i­re. « Se­u­les ont été con­ser­vé­es en la­tin dans le tex­te les ci­ta­tions d’auteurs, avec tra­duc­ti­on en note » (p. 37). Par ce pro­cé­dé, on a ré­us­si à supp­ri­mer pour le lec­teur frança­is les dif­fi­cul­tés qui, pour le lec­teur hong­rois, par exemp­le pour les ly­cé­ens, né­ces­si­tent une exp­li­ca­ti­on comp­lé­men­taire. Il suf­fi­ra peut-être de ci­ter deux exemp­les: « Míg az mi mi­li­ta­ris dis­cip­li­nánk in flo­re volt » sera en frança­is: « tant que flo­ris­sa­it chez nous la dis­cip­line mi­li­taire » (pp. 60–61)ꓼ « de­ter­mi­na­tive » sera « de ma­niè­re dé­fi­ni­tive » (pp. 72–73).

Il y a un cas in­té­res­sant où Val­lin re­co­urt à une so­lu­ti­on au­da­ci­e­u­se pour tro­u­ver un équ­i­va­lent à l’expression « sza­bad le­gény ». Zrí­nyi af­fir­me que be­a­u­co­up de Hong­rois ac­cor­dent un sens si lar­ge au mot li­ber­té qu’un sol­dat, ayant cet­te opin­ion, dé­tes­te la dis­cip­line mi­li­taire, « nem tart­ván sem­mi szebb ti­tu­lust mint sza­bad le­gény ne­vet » (p. 84). Se­lon la vers­ion française, un tel sol­dat « ne voit pas de plus beau tit­re que le nom de franc-tireur » (p. 85). Dans la note 84 du tex­te prin­ci­pal de l’Áfi­um (p. 127), c’est ain­si que le tra­duc­teur exp­li­que po­ur­qu­oi, pour rend­re le sens de « sza­bad le­gény », il a cho­i­si l’expression « franc-tireur » : « Ce mot, qui dé­signe un vo­lon­taire en­gagé lib­re­ment pour com­bat­tre pa­rallè­le­ment à l’armée ré­gu­liè­re, me semb­le être – en dé­pit de l’anachronisme – le ter­me le plus app­rop­rié pour tra­du­i­re ici le hong­rois sza­bad le­gény […]. »

Ce qui fait l’audace des pro­po­sit­ions de Zrí­nyi à cet­te date c’est la sa­ti­re de la nob­lesse dé­gén­é­rée, la misè­re des ar­mé­es mer­ce­nai­res, le mode de rec­ru­te­ment de la fu­tu­re ar­mée na­ti­o­nale, les qu­a­li­tés int­rinsè­ques du pe­up­le qu’il fa­ud­ra inst­ru­i­re. Les quest­ions d’intendance si im­por­tan­tes aux yeux de Zrí­nyi sont l’organisation du camp, l’équipement des hom­mes, la sol­de ré­gu­liè­re ver­sée, la quê­te d’officiers com­pé­tents. Zrí­nyi fait l’appel aux nob­les et à l’Église pour qu’ils cont­ri­bu­ent fi­nan­ciè­re­ment à l’effort de guerre. Ce sont les idées-forces du Remè­de cont­re l’opium turc.

Après le tex­te hong­rois du dis­co­urs de Zrí­nyi et sa tra­duc­ti­on française (avec des No­tes de fin co­pi­e­us­es et bien do­cu­men­té­es), Jean-Louis Val­lin complè­te la pub­li­ca­ti­on de l’Áfi­um par son étu­de com­pa­ra­tive sur l’œuvre de Zrí­nyi et la sour­ce ins­p­irat­ri­ce de l’Áfi­um, l’Exc­la­ma­tio de Bus­becq. Cet­te Exc­la­ma­tio fut pub­li­ée pour la pre­miè­re fois en 1581 et ré­é­di­tée à plu­sieurs re­pri­ses, même en 1663, en édi­ti­on bi­lin­gue latin-allemand. Au­gier Ghis­la­in de Bus­becq (1522–1592), homme d’État et savant, am­bas­sadeur de Fer­di­nand Ier à Cons­tan­ti­nop­le de 1556 à 1562, com­po­sa en la­tin son « Exc­la­ma­ti­on ou Pro­jet de cré­a­ti­on d’une for­ce mi­li­taire cont­re le Turc » pour at­ti­rer l’attention de ses lec­te­urs au dang­er que la pu­is­sance tur­que cons­ti­tu­a­it pour les na­tions d’Europe. Dans l’Áfi­um, nous tro­u­vons be­a­u­co­up de pas­sa­ges qui sont en rap­port di­rect avec l’Exc­la­ma­tio, pour ne ci­ter que le dé­but du tex­te où Bus­becq et Zrí­nyi évo­qu­ent égale­ment l’anecdote re­la­tée par Hé­ro­do­te (His­to­ire, I, 85) sur le fils muet de Cré­sus, roi de Ly­die, sur ce fils muet qui, en voyant un sol­dat en­ne­mi qui me­naça­it de tuer son père, bris­ant sa mu­ti­té, s’écria : « Ne to­u­che pas au roi ! » C’est ain­si qu’en ré­a­lis­ant la gra­vi­té du pé­ril turc, on ne peut plus res­ter muet: au cont­ra­ire, on doit cri­er à hau­te voix pour éve­il­ler la cons­ci­en­ce des na­tions me­na­cé­es. Mais il y a une dif­fé­ren­ce fon­da­men­tale ent­re les deux dis­co­urs. Val­lin cons­ta­te que le ton de Bus­becq est « in­for­ma­tif, me­suré, sans éc­lat, sen­ten­ci­e­ux et mo­ra­li­sa­teur en qu­el­ques end­ro­its » (p. 136). Si nous com­pa­rons ce ton avec ce­lui de Zrí­nyi, nous ne sen­tons pas la pro­fon­deur, l’engagement per­son­nel et la pas­si­on qui nous sa­isit dans l’Áfi­um. Zrí­nyi, « en con­centrant le re­gard sur les mal­he­urs de la na­ti­on hong­roi­se, en substi­tu­ant aux évo­ca­tions his­to­ri­ques la ré­fé­ren­ce à l’actualité brû­lan­te, en plaçant au pre­mi­er rang la vo­lon­té des hom­mes et les moyens conc­rets de par­ve­nir à li­bér­er la Hong­rie, […] fait une œuvre ori­gi­nale qui dé­p­as­se de loin cel­le de son de­van­ci­er » (p. 148).

L’étude mont­re – à par­tir d’une tra­duc­ti­on de l’original la­tin de l’édition El­ze­vi­er – la det­te in­du­bi­tab­le de Zrí­nyi à l’égard de Bus­becq : le plan tout en­ti­er, les mê­mes for­mu­les pour dire l’aveuglement et la ve­u­le­rie des con­tem­po­ra­ins, les dé­bor­de­ments cra­pu­le­ux des mer­ce­nai­res, avec les ci­ta­tions d’auteurs an­ti­ques, le long em­prunt à Ve­ge­ti­us, etc. (Aujourd’hui, on par­le­ra­it de pla­gi­at.) Elle pré­sen­te en­co­re com­ment Bus­becq, té­mo­in des fa­its, re­con­na­is­sa­it à la so­ci­é­té ot­tom­ane le mé­ri­te d’éduquer les hom­mes pour les éle­ver au-dessus de leur con­di­ti­on pre­miè­re. Elle revè­le égale­ment le cont­ras­te ent­re Bus­becq, qui as­signe à la Pro­vi­den­ce un rôle ma­jeur dans l’obtention de la vic­to­ire, et Zrí­nyi, homme d’action, qui s’en re­met à la bra­vo­u­re des hom­mes; ent­re Bus­becq, l’humaniste, qui se rêve comme un hé­ros an­ti­que, et Zrí­nyi, qui, bien loin d’aspirer au mar­tyre comme son ancêt­re, met tou­te son éner­gie à la re­con­quê­te ter­ri­to­ri­ale.

En supp­lé­ment, le vo­lu­me con­ti­ent des piè­ces an­ne­xes très uti­les. Il y a d’abord la lis­te alp­ha­bé­ti­que des « Per­son­na­ges his­to­ri­ques ment­ion­nés dans les no­tes de l’Int­ro­duc­ti­on et dans les no­tes de l’Áfi­um », avec ré­fé­ren­ces concrè­tes aux nu­mé­ros des no­tes où ils fi­gu­rent. Puis, la lis­te alp­ha­bé­ti­que des « Au­te­urs gréco-romains et tex­tes bib­li­ques ment­ion­nés dans les no­tes de l’Áfi­um », égale­ment avec ré­fé­ren­ces aux no­tes con­cer­né­es. Troi­siè­me­ment, la lis­te ch­ro­no­lo­gi­que des « Em­pe­re­urs, Prin­ces et Sul­tans au tem­ps de l’occupation ot­tom­ane ». Pour les lec­te­urs frança­is qui ne con­na­is­sent pas les noms hong­rois des vil­les qui, de­pu­is le tra­i­té de paix de Tri­a­non en 1920, ne se tro­u­vent plus sur le ter­ri­to­ire ac­tu­el de la Hong­rie, un tab­leau de « Con­cor­dance ent­re les noms des vil­les » peut fa­ci­li­ter d’identifier les noms des lo­ca­li­tés dont il est quest­ion. On tro­u­ve, na­tu­rel­le­ment, la bib­lio­gra­p­hie des « Ouv­ra­ges con­sul­tés pour la pré­sen­te édi­ti­on » et, pour po­u­vo­ir ima­gi­ner dans l’espace les évé­ne­ments his­to­ri­ques (par exemp­le le dé­ro­ule­ment des cam­pag­nes mi­li­tai­res), deux car­tes géo­gra­p­hi­ques ter­mi­nent le vo­lu­me.

Nous de­vons re­mer­ci­er Jean-Louis Val­lin d’avoir fait con­naît­re au monde fran­cop­ho­ne les œuvres prin­ci­pa­les d’un des plus grands per­son­na­ges de no­tre an­ci­en­ne lit­té­ra­tu­re, et aus­si, d’avoir en­ri­chi pour les lec­te­urs hong­rois de son liv­re ex­cel­lent, la con­na­is­sance de l’activité et des chefs‑d’œuvre de Mik­lós Zrí­nyi.

 

Tagged , , , ,

Vélemény, hozzászólás?